Chadapeau

 


 


 

       Antoine Borderie, sieur de Chadapeau ou Chadepeau, en 1611, va faire peindre une ceinture à ses armes en la Chapelle de Saint Bonnet, c’est à dire « litre, lisitura », usitée aux notables enterrements sous forme d’étoffe écussonnée. Il fut commis de recettes, puis le 26 janvier 1643, receveur des dîmes. Son blason était un écu «  d’azur à la fasce d’or ». Plusieurs membres de sa famille avaient surmonté leur blason d’une couronne de comte.

 
 

       Son fils Martial Borderie de Chadapeau né le 14 janvier 1653, fut conseiller au présidial tullois en 1690, conseiller vétéran en 1691, honoraire en 1698.

 

     Son héritier Martial 2, écuyer fut seigneur de Chadapeau, de Vernéjoux (Saint Pardoux l’Ortigier) de Lavaur et de la Rochette.

       Il fut maire perpétuel de Tulle, secrétaire du roi, conseiller à la cour des Aydes de Paris, un favori de la fortune. Par son dévergondage et ses coups de tête, il alluma au milieu XVIIe siècle, un terrible brandon de discorde, divisa la population en deux camps ennemis, compromis sa réputation et celle des familles les plus respectées, passionna le pays, agita le Parlement de Bordeaux.

     C’est l’aventure romanesque et tragique de cet ancêtre qui va vous être racontée. Elle n’est pas édifiante comme la vie si simple du pieux et bienfaisant Alexis son petit fils (fondateur de la Chapelle Saint Alexis dans l’ancienne église des Carmes de Tulle). Elle met en vive lumière les dessous impurs d’une société qui se disait la mieux policée du monde ; elle montre les faiblesses et les tares des juridictions et des officiers de justice du siècle.

 

 

       L’histoire débute en 1685. Un des avocats les plus renommés du présidial de Tulle, Jean Vaurillon, seigneur de la Chaud (paroisse de Sainte Fortunade), comptant dans la meilleure bourgeoisie du pays ; de son mariage avec Martine De Chabannes, eut 11 enfants : 3 fils et 8 filles. C’est de la plus jeune dont nous allons parler. La maison hospitalière Vaurillon s’ouvrait à la belle société : c’était un des salons les plus fréquentés. Parmi les plus assidus se distinguaient Martial Borderie et un jeune officier de cavalerie, D’Arche de Rochefort. Il semblerait qu’ils aient prétendu tous deux en même temps, à la main de Jeanne Vaurillon, âgée de 25 ans, qu’on dénommait Melle de La Chaud, d’un nom d’un des domaines de son père.      

         Borderie avait un bon atout dans son jeu, il était le cousin germain de Jeanne ; il avait donc toutes les facilités désirables pour faire une cour incessante. 32 ans, hardi, aventurier, sans scrupules, opiniâtre et avec cela intelligent et courtois quand il le voulait, élégant, il ne pouvait douter de l’emporter sur son rival.   Mais son rival était un bel officier de dragons et il devint l’amant de Jeanne. Leurs relations faisaient du bruit, la bonne réputation de la jeune fille et de sa famille allant être compromise, le capitaine D’Arche, chevaleresque promit de donner son nom à la demoiselle. Le mariage eut lieu en 1685. A l’issue de la cérémonie , le cheval du marié l’attendait. D’Arche partit et on ne le revit plus.

 

 

Ce mariage avait déblayé le terrain pour Borderie, et peut être aussi régularisé la situation de l’enfant qui allait naître, grossesse dissimulée. Plus de rival, plus de concurrent, une place à prendre dans le cœur de l’abandonnée, une place dont le vide si brusque criait la souffrance.

 

       Le 5 janvier, trois des filles Vaurillon dont Melle de La chaud quittaient à cheval en compagnie de Martial Borderie, Tulle pour La Réolle (33), comme plaideurs au Parlement de Guyenne. Elles voulaient purger un décret de prise de corps décerné contre elles par les sieurs Geoffre, curé de Saint Viance et Maillard, sacristain d’église de Brive, pour injures verbales.

 

     L’avocat Vaurillon et sa femme avaient prié Borderie d’assister leurs filles de « ses conseils et de ses sollicitations ».

       Arrivés à la Réolle, les demoiselles Vaurillon logèrent dans une chambre près de la Grande Rue, Borderie à l’auberge de la Cour Royale. Un arrêt de la chambre criminelle renvoya les demoiselles Vaurillon en « état d’ajournement personnel », donc aucun risque d’incarcération. Fureur du curé Geoffre et du prêtre Maillard dont ce premier insuccès ruinait ses projets de vengeance.

 

 

       Le 3 mars 1687, Borderie partit demander justice contre le Directeur des Postes de Bordeaux, après l’arrestation de son valet transportant paquets et lettres adressés à des particuliers alors qu’une ordonnance défendait à toutes personnes de porter du courrier sous peine d’amendes, de prison, de confiscation de chevaux. Les demoiselles Vaurillon étant libres, le suivirent. Arrivés à Bordeaux, ils logèrent à l’auberge « A la ville de la Rochelle ». Mal logés et mal servis, diverses nippes des demoiselles ayant disparu, au bout de 8 jours, ils s’installèrent en face, à l’auberge tenue par la dame Lardin. Le curé Geoffre et le sacristain Maillard les avaient suivies.

 

       Le 21 mars, retour à la Réolle où l’on séjourna pendant un mois. Ensuite retour à Tulle, Mme D’Arche allant loger chez Mme Brivazac, sa sœur. Aucun événement à signaler pour les mois d’avril et de mai.

 

       Dès les premiers jours de juin, Mme D’Arche fut malade. Borderie lui fit de fréquentes visites, mais la maladie s’aggrava. On parla d’érésipèle malin à la jambe et à la cuisse, de gangrène. Deux médecins furent appelés, le Dr Peyrat, attaché à l’hôpital, doyen de l’agrégation des médecins de Tulle, et le Dr Roumignac.

       Leurs soins furent impuissants à enrayer le mal. Comme la fin approchait,l’extrême onction fut donnée à la mourante. Elle expira le 1er juillet, entourée de tous les siens. Si la conduite de Mme D’Arche avait prêté à la critique, si légèretés et fautes graves avaient été commises, l’expiation couvrait les défaillances.

 

       Dix huit mois plus tard, l’avocat Vaurillon mort, Martial Borderie exerçant les fonctions de maire de Tulle (élu en 1686), qui parlait encore de la mort de Mme D’Arche ? Pourtant 2 hommes ne cessaient d’y songer : Geoffre et Maillard.

 

 

 

Le 20 décembre 1688, le sieur Maillard se présenta devant le substitut du maître des requêtes ordinaires de l’hôtel du roi, Maupeou d’Ablège, et lui remit 4 pièces.

 

       La première de ses pièces était un acte du 18 mars 1687, dans lequel Laurent Robert, exerçant la médecine et ayant fait mettre des affiches à Bordeaux pour faire connaître les maladies dont il comprenait la guérison, avait reçu le soir du 3 mars 1687, la visite de Borderie de Chadapeau. Ce dernier le priait de bien vouloir guérir son « épouse » moyennant la somme de 30 pistoles dont 5 payées d’avance, acte notifié à la veuve Lardin.

       Le second acte était une défense faite par le médecin Robert à l’hôtelière Lardin de se dessaisir des nippes appartement à Borderie et à sa « femme » avant le paiement des 25 pistoles dues.

       Par le 3 ème acte, Robert assignait Borderie à comparaître pour le paiement des 25 pistoles.

       Par le 4 ème acte, la Chambre des Requêtes de l’Hôtel de Paris devait régler toutes les affaires personnelles, avec copie de l’assignation précédente.

 

       Le voyage à Bordeaux n’a-t-il pas eu d’autre but que de soumettre Mme D’Arche au médecin Robert ? Ayant accouchée d’un enfant mort, n’a-t-elle pas succombé empoisonnée par les drogues pour la faire avorter ?

 

       Une triple accusation se dressa contre Martial Borderie, celle d’adultère, d’avortement et d’empoisonnement. Le 21 décembre, l’audition des témoins commença. Le curé Geoffre révéla au commissaire enquêteur les conditions du marché intervenu entre Borderie et ce singulier médecin Robert, ce dernier lui ayant avoué avoir refusé de donner des remèdes violents contre la jambe malade de Mme D’Arche, ceux-ci pouvant provoquer l’avortement. Seul le Docteur Peyrat croyait en sa guérison. Les 4 pièces remises par Maillard à Maupéou d’Ablège, éclairées par les premières dépositions apparurent avec un caractère de gravité incontestable.

       La nouvelle de ce procès criminel se répandit dans Tulle avec la rapidité d’un éclair. Les plus hautes personnalités se voyaient compromises : Martial Borderie, seigneur de Chadapeau, conseiller et secrétaire du Roi, maire de Tulle en exercice, Jean Peyrat, médecin et maître chirurgien. C’est la meilleure bourgeoisie de Tulle qui était atteinte.

 

       Borderie quitta la ville ; il ne se montrera que lorsque le gros de l’orage aura passé. L’honorabilité et le grand âge de Peyrat le mirent à l’abri des rigueurs de la loi : on le laissa mourir sans l’avoir interrogé.

 

       Les pouvoirs de Maupéou d’Ablège expirant, il fut remplacé par M. Imbert de Bouville qui nomma Dumas de Soulages, président de l’élection de Brive pour continuer l’enquête. A partir de ce moment là, la procédure s’arrêta : les médecins Peyrat et Romignac étaient morts, le médecin Robert avait disparu, les dépositaires du secret l’ayant emporté dans leur tombe. Parents et amis des Vaurillon et Borderie, étourdis par le premier coup, relevèrent la tête et passèrent à l’offensive. Des témoins furent menacés, intimidés, n’osant plus parler, regrettant ce qu’ils avaient dit. Passions ardentes se déchaînèrent, sous le vent desquelles il n’y eut plus de justice.

 

       Pendant ce temps, Borderie ne cessa d’intriguer. Ses fonctions de conseiller et de secrétaire du Roi lui donnaient du crédit à la cour, le mettaient en relation avec de puissants personnages. L’accusation pesant sur lui se précisant et s’aggravant, l’autorité de ses fonctions facilita ses démarches et manœuvres : deux témoins disparurent (qui avaient été entendus par Maupéou d’Ablège) et d’autres étaient morts. Il ne lui resta plus que ses deux ennemis jurés : Geoffre et Maillard.

 

 

 

       Mais le temps le servit : plus de 6 ans s’étaient écoulés depuis la mort de Mme d’Arche.

 

       Le 20 avril 1695, Borderie se rendit volontairement comme prisonnier à la prison de Fort l’Evêque à Paris où il exposa au Roi l’accusation dont il était l’objet de la part de ses ennemis et demanda à être jugé. Toute la procédure dut recommencer( tribunal où siégeait De La Reynie ) ; les dépositions reçues jusqu’à ce jour ne pouvaient avoir de la valeur qu’après récolement et confrontation, c’est-à-dire après avoir été lues et reconnues sincères par les témoins en présence du prévenu.

 

       Le 7, 8 et 9 juin, l’interrogatoire débuta ; les questions étaient claires, pesantes et coordonnées : le magistrat prudent ne négligea aucun détail.

       De son coté, Borderie, maître de lui, repassa toutes les charges et ne se livra jamais. Il nia avoir rencontré et traité un marché avec le docteur Robert. C’est alors que le magistrat donna lecture des 4 actes et demanda au prévenu des explications sur ses documents.

       Borderie protesta contre lesdits Geoffre et Maillard, les accusa d’être les auteurs desdits actes : « Geoffre et Maillard ont machiné le complot, inventé le docteur Robert et fabriqué de toutes pièces l’affaire des 30 pistoles » telle fut la défense de Borderie. ( L’existence du médecin Robert ne fut pas un mythe. Des annonces dans Bordeaux avaient fait connaître son nom ). Très adroitement, il saisit l’occasion de mettre en contraste d’une part, l’attitude haineuse d’une poignée de gens sans moralité et sans scrupule, de l’autre le crédit dont il jouissait, la sympathie de ses concitoyens et enfin sa soif de justice, lui même s’étant rendu prisonnier à Fort l’Evêque.

 

       L’interrogatoire fini, Borderie obtint sa mise en liberté provisoire. Comprenant qu’il était temps d’en finir, Borderie déposa des conclusions expliquant qu’une cabale s’était formée à Tulle pour le perdre.

 

       La chambre criminelle se rendait compte du trouble profond que ce procès causait dans le pays. A chaque reprise de l’affaire, les passions avaient bouillonnées,la jalousie et la haine s’étant déchaînées. La vengeance avait pris la place de la justice : on n’entendait parler que d’intimidations, de dangers, de menaces.

       Les violences, le détraquement de l’organisation sociale marquaient à chaque page de la procédure. La ville de Tulle étaient lasse de cette affaire et en souhaitait la fin.

 

       Le 6 août 1696, l’arrêt définitif fut prononcé : ledit Martial est hors de cour sur l’accusation portée contre lui.

 

 

       En décembre 1697, il fût reçu conseiller à la cour des Aydes à Paris . Le 7 janvier 1698, il épousa Melle Geneviève Dousseau, fille d’un avocat au Parlement. Le voilà à l’apogée de sa fortune mais un nouveau coup du sort vint bientôt le frapper.

 

 

 

     En 1701, il fût en procès avec sa femme, celle-ci ayant abandonné le domicile conjugal. Cette fois, Borderie trouvera à qui parler, sa femme étant la nièce de Fagon, premier médecin du Roi. Le Roi ayant eu connaissance de l’action en séparation et le paiement d’une rente de 1800 et en ayant apprécié le fondement, Borderie signa le consentement.

 

       Mais Borderie soutint qu’il avait signé sous l’effet de la menace et que le procédé dont sa femme a usé, dit-il, fût celui de force et de contrainte. Le libellé étant l’œuvre d’un révolté, le lieutenant de police eu pour mission d’exécuter la lettre de cachet du Roi assorti de son arrestation.

       Mais notre homme avait prévu le coup et disparut pendant un an. Le 27 décembre 1702,il sera écroué à la Bastille. Sa détention fut de courte durée, il fût libéré le 23 septembre 1703, la cinquantaine passée. Un arrangement intervint entre lui et Fagon. Il rentra dans les bonnes grâces de sa femme et reprit sa place au foyer. Avant la rupture, une fille était née de son mariage, Alphonsine.

       Les brouilles et les discordes du passé étaient oubliées ; la paix était revenue dans la famille.

 

 

      

      

 

 

 

      

 

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